Croissance économique ne rime pas forcément avec changement climatique. En effet, contrecarrant l’idée reçue que la croissance économique génère une augmentation des émissions carbone, Euler Hermes, leader de l'assurance-crédit, a identifié quatre secteurs porteurs où l’économie verte offre des opportunités de croissance à moyen et long terme si les entreprises sont prêtes à investir dans des technologies nouvelles et à repenser leur stratégie principalement guidée par les coûts.
Selon Euler Hermes :
-
Il est possible de concilier croissance et réduction des émissions de carbone, même en période de ralentissement économique,
-
Certains secteurs présentent un potentiel majeur pour le développement de l’économie verte ; il s’agit de la construction, du transport, et de l’industrie chimique et cimentière,
-
La croissance de l’économie verte ne dépend pas uniquement des réglementations et stimuli publics ; ceux-ci doivent cependant être plus constants et sélectifs.
Nos besoins en énergie ne cessent de croître sous l'effet combiné de la croissance démographique et de l'augmentation du niveau de vie, et aujourd'hui 22% des émissions totales de CO2 proviennent de la production d'énergie, encore largement d'origine fossile (soit 67% de la production), et donc à effet de serre. Ainsi, les émissions de carbone devraient doubler entre 2000 et 2030, portées notamment par le développement des pays émergents.
 |
Croissance verte : de nombreuses opportunités d’emploi à saisir. Les opportunités de croissance verte existent pour les entreprises, à condition qu’elles investissent dans leur rentabilité à long terme estime le cabinet Euler Hermes. |
Par ailleurs, Euler Hermes constate que du côté de la production énergétique, les solutions restent embryonnaires, et ce, malgré une prise de conscience internationale et une volonté d’atténuer les effets et de prévenir les émissions de carbone.
Ainsi, la production d’énergies alternatives peine à croître, avec, en 2010, seulement 3% pour les biocarburants, 1% pour l’éolien et 0,2% pour le photovoltaïque, tandis que le nucléaire s’est stabilisé à 14%.
Pour Euler Hermes, il est urgent d'agir sur l'intensité énergique à la production de biens et services, notamment, dans les secteurs à forte émission de carbone. C'est le cas de la construction et de l'utilisation des bâtiments, aujourd'hui responsables de 30% des émissions mondiales de CO2.
« Nous prévoyons une hausse soutenue des émissions de CO2 en lien avec la forte croissance du taux d’urbanisation (…) Pourtant, ce secteur offre de réelles perspectives pour l’économie verte tant en amont, à la conception des matériaux, que dans le domaine de la rénovation, par exemple l’isolation des bâtiments. Le chantier est considérable. Nous évaluons le potentiel économique supplémentaire à réaliser à près de 20 milliards d’euros par an pour les vingt prochaines années. Les entreprises du bâtiment saisiraient une opportunité de diversification et de développement, alors que les consommateurs bénéficieraient de factures énergétiques en baisse», explique Ludovic Subran, Chef Economiste d’Euler Hermes. En Europe, il faut actuellement compter dix ans pour amortir le supplément de coût de la construction d’un bâtiment HQE.
Autres exemple, les perspectives sont également intéressantes dans le secteur des transports, responsable globalement de 20% des émissions de carbone (par route 18%, aérien 2%), dont les marges sont fortement dépendantes du coût de l’énergie. De nouvelles technologies existent, réduisant les émissions, telles que le moteur hybride dans l’automobile, mais elles sont encore chères.
Dans l’industrie, deux secteurs en particulier représentent un potentiel de croissance verte : le ciment et la chimie. Ensemble, ils représentent 12% des émissions de CO2, en recul lent mais progressif, note l’analyse d’Euler Hermes.
« Les opportunités de croissance verte existent pour les entreprises, à condition qu’elles investissent dans leur rentabilité à long terme, en acceptant au départ de rogner leur marge, pour réduire leurs coûts de production et surtout prendre des parts de marchés dans les secteurs porteurs. Des incitations ciblées et régulières sont utiles, comme pour la voiture moins « carbonée » ou les bâtiments à basse consommation énergétique. Elles permettraient d’asseoir la compétitivité à l’international. Cependant elles ne peuvent que soutenir des dynamiques sectorielles existantes cherchant à réduire les coûts et à capter de nouveaux segments.
Ajouter une dimension « verte » à l’arbitrage déjà ardu entre stimulation de croissance et réduction les déficits, semble compliqué. Pourtant, au vu des opportunités sectorielles, peut-être est-ce une idée pratique pour structurer davantage et intensifier le soutien au secteur privé », conclut Ludovic Subran.