Xerfi annonce une tempête sur les prix agricoles qui pourrait menacer la croissance en France. « Les chiffres ont de quoi donner le tournis : du côté des céréales, +53% pour le blé coté sur le marché à termes à Chicago (entre juin 2006 et juin 2007), +60% pour le maïs. (...) La flambée des cours agricoles sera inflationniste (...) Alerte sur les marges (...) » selon une dernière étude réalisée par le pôle IAA, Xerfi-Etudes, sous la direction d’Alexandre Mirlicourtois, directeur des études économiques.
Les chiffres ont en effet de quoi donner le tournis : du côté des céréales, +53% pour le blé coté sur le marché à termes à Chicago (entre juin 2006 et juin 2007), +60% pour le maïs. En France, la tonne de poudre de lait écrémé (consommation humaine) se négocie actuellement à plus de 4 000€ quant elle atteignait péniblement 2 200€ en début d’année. Les exemples peuvent être multipliés à l’infini avec un seul et même constat : après les métaux et l’énergie, c’est autour des matières agricoles de flamber.
Paradoxalement, tout n’est que matière contrairement aux idées reçues quand on évoquait les sociétés postindustrielles ou de l’avènement de la société des services et du virtuel. Et, voilà un début du 21ème siècle qui ressemble beaucoup plus certainement à la fin du 19ème qu’à celle du 20ème voire plus loin encore quand les physiocrates dominaient la pensée économique, une école dont le fondateur et chef de file est décédé en … 1774.
Les fondamentaux de la hausse… Que ce soient pour les métaux, l’énergie ou les denrées agricoles, la spéculation financière n’est certainement pas étrangère à la violence des chocs. Cependant elle les amplifie plus qu’elle ne les génère … le développement des pays émergents … L’origine structurelle de la flambée du côté des métaux et du pétrole est certainement à rechercher dans le vaste mouvement de délocalisation de la production industrielle de base des anciennes nations industrialisées vers les pays émergents.
Ces pays « ateliers », Chine en tête, sont des économies beaucoup plus consommatrices d’énergie et de matière. Mais plus important encore, elles sont à la source d’un changement radical de la hiérarchie des prix relatifs dans les pays occidentaux et in fine de la structure de la consommation. Les baisses à répétition dans l’électronique grand public, l’électroménager, ..., ont encouragé les ménages à dépenser toujours plus en produits manufacturés au détriment des services, peu gourmands, par nature, en matières. De même, la hausse du niveau de vie dans les nouveaux pays industrialisés (la croissance y est plus forte que dans le reste du monde) permet à une part croissante de la population d’accéder à ce type de biens.
… la pression démographique, les biocarburants et les contraintes sur l’offre. Les raisons de l’envolée des cours des matières premières agricoles recouvrent partiellement celle des métaux. L’amélioration du niveau de vie en Chine, et plus généralement des pays émergents, gonfle leur consommation et modifie leurs habitudes alimentaires.
Cette progression est renforcée par l’intérêt croissant des Etats pour les biocarburants : la moitié de la canne à sucre brésilienne et 20% du maïs américain servent à la fabrication d’éthanol ; 50% du colza cultivé en Europe sont destinés à la production de biodiesel. Il suffisait d’ajouter à cela des mauvaises conditions climatiques et les conséquences de la réforme de la PAC (baisse de la production en Europe) pour que le cocktail devienne explosif. La déflagration est d’autant plus forte que les marchés sont étroits et que des variations marginales de l’offre ou de la demande mettent très vite le feu aux poudres.
Par ailleurs, Xerfi, annonce que les cours des produits agricoles resteront élevés. Afin de nourrir les quelques 10 milliards de bouches prévues d’ici 2050 dans le monde (contre
actuellement un peu plus de 6,5 milliards), le doublement de la production alimentaire sera quasiment indispensable (avec la hausse du niveau de vie, la demande alimentaire par habitant a tendance à s’accroître).
Xerfi assure aussi que la flambée des cours agricoles sera inflationniste. Tant que la boulimie chinoise se limitait aux métaux, les conséquences en matière de prix étaient bénéfiques pour le consommateur (exceptés pour les prix à la pompe).
La Chine (et les pays émergents), responsable de la flambée des produits de base,
fournissait en même temps l’antidote permettant de se prémunir du virus de l’inflation en transformant ces mêmes matières premières dans ses usines avec un coût du travail très bas (environ 1€ par heure contre 25,2€ pour l’ensemble de la zone euro) puis en inondant les marchés internationaux de ces produits à prix très modiques.
En France, l’inflation « alimentaire » devrait atteindre 4% en fin d’année alors qu’elle était inférieure à 2% en décembre 2006. Des évolutions sans commune mesure avec celles enregistrées en amont car les matières premières agricoles représentent finalement une faible fraction du prix final payé par le consommateur : le coût des céréales dans le prix d’une baguette de pain était, au second semestre 2006, de 0,034€ pour un prix total de 0,80€ (source Unigrains). Toutes choses étant égales par ailleurs, le doublement du prix des céréales (+100%) porterait le prix de la baguette à 0,83€ soit une hausse de 4,3%, assure Xerfi.
En France, les prix de l’alimentaire (y compris boissons non-alcoolisées) représentent sensiblement moins de 20% de l’indice général des prix.
De même, les ménages consacrent à peine 11% de leur budget dans l’alimentation et les boissons non alcoolisées (13,1% avec les boissons alcoolisées et le tabac), un poids qui ne cesse en outre de diminuer depuis des décennies.
En d’autres termes, l’exposition des ménages à la flambée des cours agricoles est réelle mais relativement modeste.
Cependant, tout comme les prix à la pompe, les prix de l’alimentaire sont une donnée sensible qui peut faire sur-réagir les ménages et radicalement modifier leurs comportements. Le risque est de voir la consommation se bloquer et l’épargne de précaution se gonfler. La croissance de l’économie française, qui repose avant tout sur les dépenses des ménages, serait balayée, met en garde Xerfi.