L’âge de la retraite sera t-il repoussé ? Oui pour le Medef. Pour sa deuxième rentrée,à l'ouverture de l'université d'été du Medef hier à Jouy-en-Josas, et dans un entretien au Monde le même jour, Laurence Parisot , a annoncé le souhait du medef de relever l'âge légal de la retraite "à 61 ans puis à 62 ans" et "allonger le nombre d'années de cotisations". Madame Parisot semble ne pas avoir entendu toutes les voix qui se sont élevées précédemment contre cette option, du ministre aux syndicalistes en passant par le "Cor" Le Conseil d'orientation des retraites .
Pour le ministre Xavier Bertrand, ce n'est pas la priorité. Si le deuxième volet de la proposition est d'ores et déjà inscrit dans la loi de 2003, jamais depuis 1983 et la réforme qui a abaissé de 65 à 60 ans l'âge légal de la retraite, aucun gouvernement n'a osé mettre en cause cet « avantage acquis ». Rappelons que la réforme Balladur en 1993 a, pour les salariés du privé,sans aucune réaction de leur part d'ailleurs, accru d'un trimestre par an la durée de cotisation nécessaire pour bénéficier d'une pension à taux plein, portant celle-ci de 37,5 ans à 40 ans. La réforme Fillon de 2003 a fait de même en enrôlant les fonctionnaires dans le mouvement et en inscrivant la perspective de 41 ans pour tous en 2012 et près de 42 ans en 2020. Si la dernière réforme a un peu effacé le seuil de 60 ans, c'est dans l'autre sens, pour permettre aux salariés ayant commencé à travailler très jeune de partir dès 56 ou 57 ans, avec 42 ans de cotisation. Un dispositif dit de « carrières longues » dont le succès a dépassé toutes les prévisions, creusant les déficits de la branche vieillesse de la Sécu depuis deux ans.
Le Conseil d'orientation des retraites (Cor) ne cesse de toute façon de le marteler : inutile de repousser la fin théorique de la carrière si, dans les faits, les salariés ne travaillent déjà plus au moment où ils partent officiellement en retraite. Chômage avec dispense de recherche d'emploi (400 000 personnes concernées !), préretraite publique ou « maison », dispositif « carrière longue », mise en retraite d'office... les moyens, volontaires ou non, de quitter le marché du travail avant la retraite ne manquent pas. Le Cor fixe donc pour priorité des priorités de tourner le dos à ces pratiques pour relever le taux d'activité des seniors, plus bas que partout ailleurs.
Le président de la CFE-CGC, Bernard Van Craeynest, interrogé sur la proposition de Mme Parisot de reculer à 61 puis 62 ans l'âge légal de la retraite, M. Van Craeynest a considéré qu'il s'agissait d'une "opération de communication pour aller dans le sens +il faut travailler plus et plus longtemps"."La limite d'âge fixée à 60 ans est emblématique et n'a pas grand chose à voir avec le fond du problème qui est le nombre d'annuités de cotisation", a-t-il expliqué.Pour le dirigeant de la confédération des cadres, "il faudrait déjà faire remonter le taux d'emploi des 55-64 ans, qui n'est que de 38%" avant d'évoquer tout recul du seuil légal.Il a rappelé une étude de la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav) de mars 2006 selon laquelle "90,2% des salariés entre 54 et 59 ans déclaraient vouloir partir en retraite le plus tôt possible !".
Le gouvernement se fixe la même ligne directrice. « Plutôt que de parler de 61 ou 62 ans, il faudrait déjà que les Français partent réellement à 60 ans. Ce n'est pas le cas et le vrai enjeu du rendez-vous de 2008 est là : faire correspondre l'âge légal et l'âge réel », déclare Xavier Bertrand au Figaro.« Travailler plus longtemps doit être un choix. S'il y a une borne dont je veux bien parler, c'est celle des 65 ans. Quelqu'un qui veut et peut travailler plus longtemps, doit-on l'empêcher de le faire ? »Il renvoiedonc la proposition à l'expéditeur. « Il faut changer les pratiques, donner aux seniors toute leur place dans l'entreprise. C'est la responsabilité de chacun, notamment des chefs d'entreprise. J'en parlerai avec les partenaires sociaux, dont Mme Parisot, à l'automne, et j'attends des propositions sur les préretraites d'entreprises. » .